De la plage d’Arenc à Saint-Martin d’Arenc en passant par Euromed.
Par Antoine le jeudi 19 février 2026 - St Martin d'Arenc - Lien permanent
Préface
Ce texte ne revendique aucune prétention scientifique ni exhaustive. Il propose un regard personnel et descriptif sur l’évolution du quartier d’Arenc, à Marseille, depuis son ancien littoral jusqu’à ses transformations contemporaines, de la plage d’Arenc à Saint-Martin d’Arenc, en passant par le projet Euroméditerranée.
Sans opposer passé et présent, il montre comment un progrès parfois mal maîtrisé a produit des effets contrastés sur le paysage urbain, le cadre de vie et les équilibres sociaux.
L’approche se veut accessible, lisible et bienveillante envers un quartier souvent réduit à des chiffres ou à des projets. Elle invite à une lecture nuancée de l’évolution d’Arenc et souligne l’importance de Saint-Martin d’Arenc comme repère patrimonial et mémoire collective.
Le lecteur est libre de se forger sa propre opinion et de l’exprimer par des commentaires. Enfin, qu'il nous excuse des éventuelles erreurs ayant pu se glisser dans le texte.
Bien à vous
Antoine
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De la plage d’Arenc à Saint-Martin d’Arenc
en passant par Euromed.
Le secteur d’Arenc, situé au nord du Vieux-Port de Marseille, figure parmi les territoires les plus profondément marqués par l’histoire portuaire, industrielle et urbaine de la ville. Longtemps perçu comme un espace périphérique et marginal, il ne s’est constitué en quartier structuré qu’au terme de profondes transformations successives, passant d’un littoral naturel à une zone sanitaire, puis à un secteur industriel avant d’entrer, plus récemment, dans une phase de reconversion urbaine.
L’église Saint-Mar
tin d’Arenc, édifiée au début du XXᵉ siècle, s’inscrit dans cette histoire tardive du quartier. Elle ne saurait être associée à une tradition religieuse du site, mais constitue plutôt un repère spirituel et urbain apparu au sein d’un territoire longtemps dominé par les activités portuaires.
Le nom Arenc dérive du mot provençal areno, signifiant « sable », en référence à la vaste étendue sablonneuse qui recouvrait autrefois cette portion du littoral marseillais. Située à proximité de l’embouchure des ruisseaux des Aygalades, de Plombières et du Mirabeau, la zone demeurait, au début du XIXᵉ siècle, un lieu de loisirs très fréquenté. Les Marseillais s’y rendaient pour la baignade ou la dégustation d’oursins, tandis que de nombreux hôtels et équipements balnéaires accueillaient une clientèle aisée.
Arenc abritait également le « Château Vert », établissement de restauration renommé
, prisé des personnalités de passage à Marseille. Implanté dans un environnement verdoyant, ce lieu emblématique connut un déclin à partir des années 1830, avant d’être démoli en 1865 lors de la construction de la gare d’Arenc.
Jusqu’au XIXᵉ siècle, le secteur se trouvait en dehors des remparts de la ville. Bien que marginal sur le plan urbain, il jouait néanmoins un rôle stratégique dans le développement du port. Dès 1663, le lazaret d’Arenc, établi à proximité de l’actuel site des Docks de la Joliette, assurait le contrôle sanitaire du port en accueillant voyageurs, équipages et marchandises susceptibles de propager des épidémies telles que la peste ou le choléra. Cette installation fut supprimée au milieu du XIXᵉ siècle afin de permettre l’extension des infrastructures portuaires.
Au début du XIXᵉ siècle, Arenc conservait encore son caractère balnéaire, avec ses cabines de bains et ses établissements renommés. Toutefois, l’essor du port autonome de Marseille entraîna progressivement la disparition du littoral naturel, remplacé par des bassins, des docks, des entrepôts et des voies ferrées, scellant la transformation durable du secteur en zone industrielle.
Tout au long du XXᵉ siècle, Arenc est pleinement intégré au système portuaire marseillais. Le quartier devient un espace de silos, de hangars et d’infrastructures logistiques. Le Silo d’Arenc, construit en 1926, illustre cette vocation industrielle avant d’être reconverti en salle de spectacles en 2011. Entre 1963 et 1975, certains bâtiments portuaires connaissent cependant des usages extrêmes : un hangar sert de centre de détention clandestin pour les étrangers en attente d’expulsion, en dehors de tout cadre légal, scandale qui sera révélé en 1975 et entraînera la démolition du hangar dans les années 2000.
L’église de Saint-Martin d’Arenc
L’église Saint-Martin d’Arenc est édifiée à partir de 1913 pour répondre aux besoins spirituels d’une population ouvrière en forte croissance, liée à l’industrialisation du port et à l’extension des infrastructures ferroviaires et industrielles¹⁰.
La cr
éation de la paroisse marque l’entrée tardive d’une fonction religieuse structurante dans un territoire jusque-là exclusivement utilitaire. L’église remplace une vielle chapelle désignée sous le vocable de St-Paulin et devient un repère social, spirituel et urbain pour les familles de dockers, d’ouvriers et d’employés du port.
La construction de l’église repose exclusivement sur un mécénat privé, caractéristique du catholicisme social du début du XXᵉ siècle.
Le rôle central revient au comte Amédée Joseph Armand, industriel et propriétaire foncier, qui fait don d’un terrain d’environ 3 000 m², condition indispensable à la réalisation du projet. Il est symboliquement représenté sur le tympan de l’église.
D’autres donateurs participent au financement :
- Eugénie Armand ;
- Marc Germain ;
- Madame de Buron Brun.
L’église adopte un style néo-roman marqué par la sobriété, la solidité et la clarté des volumes. Son plan basilical classique s’organise autour d’une nef centrale élevée, encadrée de
deux bas-côtés, d’un chœur terminé par une abside semi-circulaire, ainsi que de chapelles latérales communicantes et d’absidioles secondaires.
Les murs épais, les arcs en plein cintre et les ouvertures volontairement mesurées confèrent à l’édifice une monumentalité maîtrisée, particulièrement adaptée à un contexte portuaire et industriel, où la lisibilité architecturale et le sentiment de stabilité priment sur toute surcharge décorative.
Cette dimension symbolique s’exprime également dans le tympan sculpté par Henri Raybaud, élément majeur du décor extérieur.
L’œuvre évoque à la fois le vœu contre la peste, formulé par Mgr de Belsunce, l’apparition du Sacré-Cœur de Jésus et l’histoire de l’église Saint-Martin d’Arenc.
- 1 Comte Amédée Armand ancien président de la chambre de commerce de Marseille.
- 2 Mgr de Belsunce à genoux
- 3 Comte Amédée-Joseph Armand tenant la maquette de l’église.
La présence de Mgr de Belsunce renvoie explicitement au vœu formulé pendant l’épidémie de peste, lorsque l’évêque consacra la ville au Sacré-Cœur afin d’implorer la fin du fléau. Cette référence établit un lien mémoriel fort entre les grandes crises sanitaires de l’histoire marseillaise, le passé du lazaret d’Arenc et la vocation spirituelle de l’église. Le tympan associe ainsi foi, mémoire des épidémies et reconnaissance envers les donateurs, inscrivant l’édifice dans une continuité symbolique entre histoire religieuse, urbaine et sociale.
L’édifice se distingue par la qualité de sa conception, tant par sa silhouette extérieure, notamment la verticalité affirmée de son chevet, que par l’équilibre de ses proportions intérieures. La richesse de la sculpture de la façade, le soin apporté aux nervures des trois absides, l’ensemble du maître-autel et des deux autels absidiaux ornés de mosaïques, ainsi que les élégantes pentures des trois portes, témoignent d’une réalisation particulièrement soignée.
Saint-Martin d’Arenc illustre sa capacité à adapter une architecture monumentale à un quartier populaire, en conciliant fonctionnalité, symbolisme religieux et intégration urbaine.
À l’origine dédiée à saint Paulin, en référence à l’évêque Paulin Andrieu, l’église fut ensuite placée sous le vocable du Sacré-Cœur à l’initiative d’Eugénie Armand. Elle fut finalement consacrée à saint Martin, en mémoire de l’ancienne collégiale Saint-Martin du XIIᵉ siècle, détruite en 1887 afin de permettre l’ouverture de la rue Colbert.
À cette occasion, J.-B. Brochier, alors maire de Marseille, refusa de modifier légèrement le tracé de la nouvelle voie, ce qui aurait pourtant permis de préserver l’édifice. Certains éléments de la collégiale sont aujourd’hui conservés et visibles au musée d’histoire de Marseille.
Le choix du nom « Saint-Martin d'Arenc » établit ainsi une continuité symbolique entre une église disparue du centre historique de Marseille et une nouvelle paroisse implantée dans le quartier d'Arenc en pleine mutation à la fin du XIXᵉ siècle.
L’église est conçue par Théophile Dupoux, architecte marseillais formé à l’École des Beaux-arts de Marseille, auteur de plusieurs édifices religieux majeurs, Th. Dupoux a durablement marqué le paysage religieux et architectural de Marseille et de ses environs.
Son œuvre comprend :
- Six édifices religieux, dont la basilique du Sacré-Cœur du Prado ;
- Deux bâtiments laïques ;
- Et certainement bien d'autres.
Témoignant de son influence dans l’architecture provençale de son époque.
Saint-Martin d’Arenc le déclin
Depuis sa fermeture en 1977, l’église Saint-Martin d’Arenc incarne un exemple emblématique de déclin patrimonial lié à l’absence prolongée de décision publique. La désaffectation de l’édifice, consécutive à des problèmes structurels et à la baisse de la pratique religieuse, s’est rapidement transformée en abandon de fait. Privé d’usage, sans entretien régulier, le bâtiment se dégrade progressivement, dans un quartier pourtant en profonde mutation urbaine.
Face à cette situation, la vente de l’église par le Diocèse au Conseil départemental des Bouches-du-Rhône (CD13), en 2018, aurait pu constituer une opportunité de sauvegarde. Il n’en a rien été. Pendant de nombreuses années, le site demeure sans projet bien défini, oscillant entre inertie administrative, annonces non suivies d’effets et hypothèses de cession. Les intentions successives de mise en vente du bâtiment traduisent une approche essentiellement patrimoniale et financière, déconnectée des attentes des habitants et des enjeux sociaux du quartier.
C’est dans ce contexte que se structure une mobilisation citoyenne forte, portée par des associations de riverains, et par le CIQ Arenc-Villette, qui s’impose progressivement comme l’acteur central de la défense de l’édifice. Le CIQ fédère les riverains, organise des réunions publiques, collecte des témoignages et initie une pétition, rassemblant un large soutien local. Cette pétition ne constitue pas seulement un outil revendicatif, mais un moyen de formaliser la parole des habitants, exprimant l’attachement au bâtiment, la crainte de sa disparition et la volonté de lui redonner une fonction d’intérêt général.
Parallèlement, le CIQ développe une stratégie de médiatisation continue. Articles de presse, relais dans les médias locaux et régionaux, interventions sur les réseaux sociaux, courriers adressés aux élus et communiqués publics contribuent à inscrire Saint-Martin d’Arenc dans l’espace public et médiatique. Cette exposition empêche toute décision discrète de vente ou de démolition et contraint les institutions à se positionner publiquement. L’église devient alors un symbole plus large des difficultés marseillaises en matière de gestion du patrimoine non protégé et de considération des quartiers populaires dans les politiques culturelles.

Manif devant Saint-Martin d'Arenc le 17 juin 2023.
Aux côtés du CIQ Arenc-Villette, des associations patrimoniales reconnues, telles que Sites et Monuments, apportent une légitimité technique et historique au combat. Une demande d’inscription au titre des monuments historiques est déposée, renforçant la pression sur les pouvoirs publics et soulignant la valeur architecturale et mémorielle de l’édifice.
Malgré cette mobilisation constante, les atermoiements des institutions demeurent nombreux. Le CD13, propriétaire du site, alterne entre annonces de projets, phases de silence prolongé et renvois de responsabilité. La Ville de Marseille, bien que régulièrement interpellée, adopte une posture en retrait, invoquant l’absence de compétence directe sur le bâtiment. Quant aux élus, toutes strates confondues, leurs prises de position restent souvent ponctuelles, dépendantes du contexte médiatique, sans traduction opérationnelle immédiate.
À partir de 2018, plusieurs pistes de reconversion sont évoquées — lieu culturel, espace d’exposition, équipement de proximité ou lieu de mémoire — sans qu’aucune ne soit véritablement engagée. Le coût élevé de la restauration, estimé à plus de 8 millions d’euros, est régulièrement avancé comme argument de blocage, renforçant le sentiment, chez les habitants, d’un déséquilibre entre les discours de valorisation patrimoniale et les priorités budgétaires réelles.
Après plus de vingt ans de mobilisation, de pétitions, d’alertes médiatiques et de pression citoyenne, un tournant semble toutefois s’opérer. Lors de la réunion publique du 12 décembre 2025, le CD13 annonce son intention de lancer la restauration de l’édifice. Cette annonce apparaît comme l’aboutissement d’un rapport de force construit sur la durée par les habitants et le CIQ Arenc-Villette. Le projet envisagé viserait à accueillir des structures à vocation sociale, culturelle et de services, répondant aux besoins du quartier et donnant enfin un usage public à l’église.
Néanmoins, le choix de confier la gestion future du site à un opérateur privé, le Département ne souhaitant pas en assumer directement la responsabilité, soulève de nouvelles interrogations. Pour les acteurs mobilisés, la vigilance reste donc de mise afin que la reconversion de Saint-Martin d’Arenc ne se fasse pas au détriment de l’intérêt général, ni de l’implication citoyenne qui a permis, précisément, de sauver l’édifice de sa disparition.
L’artificialisation et la gentrification du quartier d’Arenc
Depuis les années 2000, le quartier d’Arenc est intégré au vaste projet Euroméditerranée, une Opération d’Intérêt National (OIN) lancée en 1995 par Robert Vigouroux en partenariat avec l’État et les collectivités territoriales. Présentée comme une vitrine du renouveau marseillais, cette opération couvre plus de 480 hectares, entre le Vieux-Port et le boulevard Capitaine Gèze, et constitue l’une des plus importantes transformations urbaines engagées en France.
Les chiffres avancés illustrent l’ampleur du projet :
- 40 000 habitants, 43 500 emplois créés ;
- 5 300 entreprises implantées ;
- un million de mètres carrés de bureaux et d’activités ;
- 18 000 logements neufs et 7 000 logements réhabilités.
Derrière cette accumulation quantitative se dessine, toutefois, un modèle urbain profondément déséquilibré, largement orienté vers la performance économique et l’attractivité métropolitaine.
La transformation du quartier d’Arenc s’accompagne d’un processus de gentrification marqué. L’arrivée de populations plus aisées, principalement des cadres et des actifs du secteur tertiaire, s’effectue au détriment des habitants historiques du quartier, issus pour l’essentiel des classes populaires. La hausse rapide des prix de l’immobilier et du foncier, combinée à la nature des programmes résidentiels proposés, rend l’accès au logement de plus en plus difficile pour les ménages modestes, favorisant leur éviction progressive vers des espaces plus périphériques. Malgré les discours officiels sur la mixité sociale, les logements neufs demeurent majoritairement inaccessibles aux populations locales, accentuant la ségrégation socio-spatiale.
Parallèlement, le quartier s’est métamorphosé au prix d’une densification extrême et d’une minéralisation massive de l’espace. La construction de tours et d’immeubles de grande hauteur impose une verticalité inspirée des grandes métropoles internationales, dans une logique de « newyorkisation » revendiquée, où l’image et l’attractivité priment sur les usages quotidiens.
Les réalisations emblématiques, telles que
- tour CMA CGM conçue par Zaha Hadid ;
- la tour La Marseillaise dessinée par Jean Nouvel ;
- la tour Mirabeau imaginée par Hala Wardé ;
- la tour M99 signée Pietri Architectes ;
- et bien d’autres immeubles…
... participent davantage à une mise en scène du territoire qu’à la conception d’un véritable quartier habité.
Malgré l’annonce de 40 hectares d’espaces publics, la réalité vécue est celle d’un espace largement dominé par le béton. Une fois déduites les voiries, les trottoirs et les surfaces minéralisées, le ratio d’espaces verts par habitant demeure très insuffisant. L’ensemble donne l’image d’un urbanisme dense, dur et peu hospitalier, mal adapté aux besoins quotidiens des résidents comme aux enjeux climatiques contemporains.
Ce modèle de reconversion post-industrielle, centré sur la compétitivité économique et la valorisation foncière, se répercute directement sur la manière d’habiter et sur l’organisation résidentielle du quartier. Arenc souffre ainsi d’un déficit d’espaces verts, d’un manque de services et de commerces de proximité variés, ainsi que d’une faible intégration sociale. Loin de recréer un tissu urbain vivant et cohérent, l’opération fragmente les usages et affaiblit durablement le sentiment d’appartenance.
Ces transformations urbaines se traduisent également dans la composition même des ensembles résidentiels. Il est à souligner que de nombreux immeubles regroupent aujourd’hui des propriétaires occupants, des investisseurs privés et des bailleurs sociaux. Une telle diversité de statuts implique nécessairement des attentes différenciées. Pour les propriétaires occupants, il s’agit avant tout de leur résidence principale, ce qui les conduit à rechercher un environnement agréable, bien entretenu et durable. Les investisseurs privés, quant à eux, privilégient la rentabilité de leur bien et cherchent généralement à limiter les charges de copropriété afin de préserver l’équilibre économique de leur investissement. Les bailleurs sociaux doivent, de leur côté, concilier des dépenses maîtrisées afin de garantir des loyers modérés sans fragiliser leur structure financière.
Dans ce contexte, la question de la gouvernance des copropriétés devient centrale. La capacité de ces acteurs aux intérêts largement divergents à parvenir à un consensus lors des assemblées générales apparaît d’autant plus problématique lorsque la part des investisseurs privés ou des bailleurs sociaux devient majoritaire. À plus long terme, une autre interrogation majeure se pose : quel serait l’avenir de ces immeubles si les propriétaires occupants venaient à vendre, voire à brader leurs biens ? Une telle évolution remettrait en cause l’idée même de gentrification résidentielle, fondée sur l’installation durable de ménages investis dans leur cadre de vie. Faute de moyens financiers suffisants et d’une volonté collective forte, la dégradation du bâti deviendrait alors inévitable, d’autant plus que la gouvernance de ces ensembles repose sur la capacité à mettre d’accord un très grand nombre de copropriétaires, parfois répartis sur plus de 120 appartements, aux intérêts, aux ressources et aux priorités particulièrement hétérogènes.
Dans ce contexte global de recomposition urbaine rapide, la reconversion de cet ancien quartier portuaire du XIXᵉ siècle en un quartier du XXIᵉ siècle apparaît aujourd’hui largement inachevée. Arenc peine encore à fonctionner comme un véritable quartier, les lieux de sociabilité demeurent rares, les continuités urbaines fragiles, et l’identité locale tend à se dissoudre dans une urbanisation standardisée, pensée avant tout comme une vitrine métropolitaine.
C’est dans ce paysage profondément remodelé que l’église Saint-Martin d’Arenc apparaît comme l’un des derniers repères patrimoniaux, mémoriels et symboliques du quartier. Inscrite au cœur d’un territoire marqué successivement par des logiques portuaires, industrielles puis tertiaires, elle constitue un point d’ancrage rare dans un environnement largement déconnecté de son histoire locale. Alors que les nouvelles constructions privilégient la verticalité, la rentabilité foncière et l’image métropolitaine, l’église demeure un témoin matériel des formes urbaines antérieures et des sociabilités populaires qui structuraient autrefois Arenc.
Bien au-delà de sa seule valeur architecturale, l’édifice incarne la mémoire collective du quartier. Il rappelle les trajectoires industrielles et ouvrières qui ont façonné Arenc aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, mais aussi les mutations sociales, les déplacements de populations et les fractures engendrées par les projets d’aménagement contemporains. Dans un quartier où les habitants historiques ont été progressivement marginalisés par la hausse des prix, la spécialisation fonctionnelle et la disparition des usages populaires, l’église conserve une fonction symbolique essentielle, celle d’un lieu de continuité porteur d’une histoire partagée et d’un sentiment d’appartenance aujourd’hui fragilisé.
La préservation et la restauration de ce repère revêtent ainsi une importance majeure, non seulement sur le plan patrimonial, mais également sur les plans social et politique. Elles constituent l’un des rares moyens de maintenir un lien tangible entre passé et présent dans un quartier soumis à des transformations rapides, souvent guidées par des logiques d’attractivité économique et de marketing territorial. À l’heure où la production urbaine tend à privilégier l’image métropolitaine au détriment des usages et des héritages locaux, la sauvegarde de ce lieu apparaît comme un acte de résistance à l’effacement de la mémoire urbaine et offre aux générations futures un point de stabilité et de lecture critique de l’histoire d’Arenc.
À méditer.
Dans les années 1980, un projet de démolition de l’église Saint-Vincent-de-Paul, située en haut de la Canebière et communément appelée « église des Réformés », avait été envisagé. La mobilisation de l’association ASPRA a toutefois permis d’en assurer la sauvegarde et la restauration, rappelant que la défense du patrimoine urbain repose souvent sur la vigilance et l’engagement citoyens face à des logiques d’aménagement dominées par le court terme et la rentabilité.
Pour en savoir plus :
Le sculpteur Henri-Charles Raybaud, né à Marseille, fut un sculpteur de renom, apprécié pour la qualité de ses œuvres.
Il réalisa, entre autres, les bronzes qui ornent l’escalier monumental de la gare Saint-Charles à Marseille ainsi que la statue de Thémis pour le tribunal de commerce de la ville.
Ses créations se retrouvent à Aubagne, Aix-en-Provence, Trets, Cadeneaux, en Corse, et même jusqu’en Uruguay.
De nombreuses autres œuvres figurent dans des collections publiques et privées.
Bibliographie
Régis Bertrand Professeur émérite, Le patrimoine de Marseille.
Agnès Garonne, Thèse, architectes et sculpteurs sous la 3ème république.
Euroméditerranée, Histoire du quartier d’Arenc.
Tout sur Marseille, Arenc, plage et bains de mer.
Planète Marseille, Le lazaret d’Arenc.
Wikipédia, Lazaret de Marseille.
Tout sur Marseille, Le Château Vert et les bains de mer.
Région Sud – Inventaire du patrimoine, Port de Marseille.
Ducks Scéno, Le Silo d’Arenc.
Planète Marseille, L’affaire d’Arenc.
Ministère de la Culture, Base Mérimée.
Wikipédia, Ancienne église Saint-Martin (Marseille).
CIQ Arenc-Villette.









Commentaires
Un grand MERCI pour toutes ces informations concernant le quartier d'agence.Bravo pour tous les détails sur la transformation de ce quartier.
Je suis fasciné et passionné par cette transformation.Je mesure combien le travail du CIQ a permis de respecter cette transformation,difficile et certainement lancinante.
De ce magnifique article que je concerverais précieusement je retiens tout particulierément celui de l'église Saint Martin d'Arenc qui n'a plus de secret pour moi ...Ce lieu n'a desormais plus de secret pour moi.Et j'aurais désormais plaisir a suivre sa transformation...Merci et Bravo.
Président CIQ 4 Septembre et rues adjacentes.
Article excellent, tant sur le thème que bien écrit et dont nous avons besoin. Je vous propose de le transmettre pour la gazette de la Navale qui se bat pour la création d'un musée maritime à Marseille. J'adhère à cette association et j'ai écrit plusieurs écrits dont " l'oubli de la Mémoire" qui concerne l'effacement de la mémoire des travailleurs de la réparation navale.
Je vous adresse toutes mes amicales salutations.
Présidente du CIQ de Saint Joseph
Merci pour cet article très intéressant et bien documenté. Il permet de mieux comprendre l’histoire et les enjeux autour de Saint-Martin d’Arenc et rappelle l’importance de préserver ce patrimoine qui fait partie de l’identité de notre quartier. Le travail d’information et de mémoire réalisé ici est précieux pour les habitants comme pour les générations futures. Félicitations pour cette initiative qui contribue à faire vivre l’histoire locale et à mobiliser autour de sa sauvegarde.
Cet article rappelle utilement le long parcours de ce site et les nombreux projets évoqués au fil des années.
Il est important que les décisions futures prennent réellement en compte les attentes des habitants du quartier. Saint-Martin d’Arenc pourrait devenir un espace fédérateur, ouvert aux activités culturelles et associatives.
Ce serait une belle manière de redonner vie à un édifice chargé d’histoire. Continuons à suivre ce dossier avec attention.
Félicitations pour ce très beau travail de mémoire sur le secteur d'Arenc, à la fois historique et actuel. Dans mon prochain travail je décrirai la disparition de la côte originelle sous la poussée des ports modernes. Pour information : dans un portulan du Moyen Age, la plage d'Arenc est dite "lena de Carotha". Lena signifiant une plage ( ar/lena ) et Carotha, probablement les Crottes, proches. C'était donc, avec le Lacydon, l'autre lieu de débarquement possible pour aborder à Marseille.
Bien aussi d'avoir laissé entendre qu'à cause de l'anticléricalisme de l'époque ( Brochier ) on n'ait pu sauver l'ancienne église St Martin. Quelques mètres auraient suffi !!!
Merci pour ce texte.
La densité fait peur. Dans certains quartiers, on détruit des bâtiments justement à cause de cette densité, et l’on construit ici la même chose, peut-être même en pire.
Lorsque les logements « Pinel » auront été soldés et mis sur le marché, il n’est pas certain que les prix ne s’effondrent pas. On pourrait alors voir apparaître de nouveaux Corot, Maurelette ou Consolat.
Espérons que NON!
A cela s’ajoute le manque d’équipements collectifs, d’espaces verts et de parcs, de magasin de proximités... Bref, tout ce qui fait la qualité et la vie d’un quartier.
C’est dommage, car les architectes auraient pu faire de ces lieux de véritables ensembles où il ferait bon vivre. Or, avec leurs cubes, ils recréent les ensembles que l’on détruit ailleurs.
C’est Marseille, BB.
Merci pour ce très beau texte historique sur le quartier d'Arenc, empreint de lucidité. Effectivement, l'église Saint-Martin constitue le seul vestige de ce secteur où la bétonnisation connaît encore des jours heureux.
Les politiques d'aménagement urbain flattent la promotion immobilière au détriment de la qualité de vie des riverains. C'est « monnaie commune », pourrait-on dire... Quoi que l'adjectif « commune » semble ici usurpé : les intérêts individuels priment sûrement l'intérêt collectif.
Espérons que la sauvegarde de l'église et l'aménagement de son parc puisse apporter au quartier la bulle verte dont il a besoin. Sans négliger la dimension culturelle.
Merci pour cet article très intéressant.
J’habite le nord de la France (Aisne) et j’ai signé la pétition pour sauver l’église St Martin d’Arenc.
Grâce à cet article très documenté avec photos à l’appui cela m’a permis de connaître l’histoire d’Arenc, de son église St Martin et de les visualiser.
Article très complet sur le passé de ce quartier.
Cet édifice n’aurait pas dû être laissé à l’abandon. Il est magnifique et fait partie du patrimoine historique. Je suis très attachée aux monuments anciens. Malheureusement beaucoup d’églises sont vendues à des particuliers ou des sociétés car les petites communes n’ont plus les moyens de les entretenir.
Merci à toutes les personnes qui mènent ce combat depuis des années.